Qu'est-ce qu'un rénovateur malhabile ?

Les chroniques du rénovateur malhabile posent un regard à la fois humoristique et réaliste d'un des derniers repères de l'homme contemporain moyen: la rénovation. Mais cet homme moyen, quelque peu rosé, par une société à forte teneur en œstrogènes a-t-il véritablement les aptitudes requises pour devenir l'archétype du mâle à tout faire ? Que devient cet Homo sapiens sapiens à la cravate rose lorsqu'il est interpellé par ses instincts d'homme-bâtisseur ? Parallèles entre comment savoir clouer un 2 par 4 et comment devenir un vrai gars de la fin vingtaine en 2010.


mercredi 19 mai 2010

Épisode 6 - Finir par finir

Prendre plusieurs mois pour faire une simple rénovation, c’est comme baiser plusieurs fois d’affilée. Ça irrite.

Je sens que la fin approche. Que les travaux tirent à leur fin… mais que la fin, c’est une agace. C’est la femme invisible.

La « fin », va falloir que quelqu’un te le dise une fois pour toutes : t’es une salope. Tu « close » jamais, tu disparais quand vient le temps de se battre.

Souviens-toi de cette fois où tu m’as fait fermer mon dernier mur, passer mes derniers fils électroniques, insonoriser mon dernier racoin, clouer mon dernier clou… T’es venue taper à mon épaule avec ton sourire fendant… Remémorant tous ces cours de mathématiques où je dormais derrière ce grand livre de notions logarithmiques, dressé tel un mur devant mon visage, et probablement placé à la page intitulée « Comment bâtir un mur qui est d’équerre sans devoir recommencer et ainsi avoir l’air d’un osto de sans-génie de casse-de-bain ».

Alors, pour renchérir mon premier propos : « prendre plusieurs mois pour RECOMMENCER une simple rénovation, c’est comme baiser plusieurs d’affilée »… pis des fois ça prend juste une fois et ça commence déjà à chauffer. Sti.

Au départ de ce grand projet de rénovation, je me sentais mâle, virile, quasi Néandertal. J’avais, à ce moment, une belle communication avec mes gonades. Désormais, j’ai un lien privilégié avec Master Card. Ce qui semblait être une aventure d’un soir, un flirt de quelques semaines, s’est transformé en une longue relation amour/haine avec… mon banquier.

Et ce fameux banquier, adooooore cette particularité intrinsèque dont je dispose qu’est : «chu capable de faire la job dans le meilleur temps possible ». De l’activité la plus ardue à la plus banale, je suis en compétition constante contre ma propre montre. Je suis le Usain Bolt du quotidien.

Connaissez-vous quelqu’un qui se vante de faire son épicerie en moins de 12 minutes 27 secondes ? Qui se rase la barbe et prend sa douche en dessous de la barre psychologique des 10 minutes 30 secondes ?

Bon, oui, je dois retourner à l’épicerie parce que j’oublie d’acheter certains produits et OUI, ma barbe est mal rasée, mais ça prend des sacrifices pour réussir à abaisser, de fois en fois, son propre record personnel.

Rien ne vaut aussi le prix d’acheter deux fois le même matériel pour refaire un mur. « Tchique-tchique », comme dirait Julie Snyder.

Mais je l’ai refait. Sans battre de record cette fois-ci… l’important c’est de participer. Bullshit.

Une fois le mur remonté et la finition du quart-de-rond posé, vient alors le temps de peinturer. Et qui dit peinturer, dit retrouver sa féminité. Je me suis donc mis à chercher mes chromosomes XX devant le mur d’échantillons de couleurs.

Être devant un mur d’échantillons de couleurs, c’est comme regarder des photos des filles sur un site de rencontre. Y’en a plusieurs qui t’intéressent, mais y’en a pas gros qui « fittent » chez vous.

Par chance, j’ai eu de l’aide. Voyant que j’avais la même face qu’un gars devant l’étalage de produits d’hygiène féminine, Linda, d’un âge certain, mais difficile à dire lequel, s’est avancée vers moi.

« Comment je peux t’aider mon beau p’tit gars ? ».
J’aurais aimé lui dire que tout était sous contrôle, que la femme en moi s’occupait de tout, mais j’ai été ralenti en toussant son parfum.

J’ai ensuite passé un questionnaire en règle. Grandeur des murs, positionnement du sud et du nord, couleurs chaudes, couleurs froides, couleurs complémentaires, ambiance générale de la pièce. Bref, moment aussi embêtant que de se faire dire
« épouse-moi » à une première « date ».

Linda m’a finalement aiguillé vers une catégorie d’agencement de couleurs. Quoi qu’un simple coup d’œil à ses paupières aurait permis de comprendre quelles sont les couleurs qui s’harmonisent et celles qui ne s’harmonisent pas. Une criss de chance que je ne me suis pas inspiré de sa face.

J’ai dit « marci » (pour faire plaisir à son joual), suivi de quelques bonnes enjambées, question de semer l’odeur de Linda qui s’accrochait à moi telle une maîtresse à Tiger Woods.

Peinturer au rouleau, ça va. Découper au pinceau, c’t’une autre affaire… j’ai, d’un côté, Usain Bolt qui veut clancher la ligne tel Kate Moss avec de la « coke » et de l’autre, « l’agace de fin » qui me tape sur l’épaule en me disant : « si tu moffes, tu recommences, champion ».

T’as jamais vu un gars prendre son temps de même… même un col bleu aurait travaillé plus vite que moi.


J’ai lavé mes pinceaux, rangé mes drills. Je retire mon tape à mesurer qui me rendait si viril. Je ferme mon coffre à outils. J’ai fini par finir.

Je tourne en rond, seul dans mon salon. Drôle d’impression d’avoir rien à faire… Je jette un coup d’œil à mon balcon arrière. Il est petit. Il est vraiment petit. Y’est pas mal trop petit… faudrait peut-être que j’arrange ça.

Finalement, la rénovation c’est peut-être comme tomber en amour. C’est jamais simple, souvent ça dure trop longtemps, mais une fois que tu y as touché, tu cherches toujours à y revenir…


Peut-être à suivre, qui sait…

Merci à ces amis hors de l'ordinaire et à ces muses, connues ou inconnues. Un merci tout spécial à ces amis et membres de la famille qui m'ont donné un p'tit coup de main dans les moments de découragement. Et, merci aux lecteurs, particulièrement ceux que je ne connais pas et dont j'ignore comment ils sont tombés sur ce blog. Vive la communication virale.

Fin.

mercredi 7 avril 2010

Épisode 5 - « Les soirs de scotch, m’enchaaanteeeent »

Astie, Luce Dufault, sors de ma tête au plus sacrant !

J’ai l’inconscient qui roule en V6 et qui fantasme à l’idée de carburer aux scotchs sur glace.

Faut vraiment que je me concentre, il faut que j’avance… Quand j’y pense, le projet du CHUM est sûrement leader par un gars comme moi. Je ne veux pas le défendre, mais lui aussi est sûrement victime du complot des tournevis… Ils se poussent toujours quand t’en a besoin. Bref, un peu comme mes chums quand vient le temps de faire la vaisselle.

J’ai une folle envie de faire n’importe quoi d’autre que de poser du plancher de bois franc… On m’amènerait au Salon de la mariée à la place, et je sautillerais comme un p’tit gars qui vient de recevoir son premier G.I. Joe.

Mon premier G.I. Joe. Wow, lui y’était mâle. Y’avait pas besoin de poser du plancher de bois franc, lui. Oh no ! Lui, y’était au service de sa testostérone, lui ses couilles servent à quelque chose; à faire la guerre ! Bon, certains diront que les G.I. Joe n’ont pas de couilles, mais le mien, y’en avait.
Donne-lui un carré de sable, une chaise de patio en plastique ou une corde à linge et ça devient une machine à tuer… Y passait pas ses fins de semaine à se faire chier avec l’agencement des tons de bois de son plancher, lui.
My god que j’aimerais faire 4 centimètres et être en plastique, là, maintenant.

C’est là que y’a une p’tite voix dans ma tête qui m’a dit :
« HEILLE DUDE, WAKE UP !!! »

Vous savez, la petite voix emmerdante du droit chemin, de la bonne volonté, de la rectitude ? La mienne a la voix de ma mère… bon, elle ne parle pas exactement comme ma mère. La plupart du temps elle m’envoie vigoureusement promener, n’omettant jamais d’ajouter un petit sacre à la fin de sa phrase. Mais, vous comprenez le principe. Écoute ta mère, bonhomme, écoute ta mère.

Je me remets au boulot. Avec l’aide de ma barbe pas faite et ma face de gars qui ne sait pas trop où il s’en va. Poser du plancher de bois franc, dans les faits, c’est relativement simple. Dans mon cas, c’est un combat entre David et Goliath. Le problème, c’est que David, c’est le plancher. À chaque fois que je me trompe, c’est comme si je recevais une maudite petite roche qui pince, provenant de son lance-pierre. Et ça, ça met son homme en tabarnac…

J’y suis d’ailleurs allé d’un cri primal quand ma dernière planche n’arrivait pas. Un genre de croisé entre l’abominable homme des neiges et la Stroumphette. En gros, je suis à ¼ de pouce d’être totalement crédible.

C’est dans des moments comme ça que mon inconscient me relance une fois de plus :
« Ô, idylle bouteille, réconfortante ivresse, à quand notre prochain rapprochement ? Me semble qu’on est dû pour un bouche à bouche ? »

Un inconscient qui te lance un message comme ça, c’est aussi difficile à renier qu’une érection.
T’as le goût de coucher avec la fille… jusqu'à tant que t’entendes la voix de ta mère te dire :
« Je t’ai pas élevé de même… p’tit criss ! »

Seul dans mon salon, je tourne en rond en criant à ma petite voix :
« FERME TA YEULE, FERME TA YEEEEEULE !!! »

C’est à ce moment que j’ai retrouvé mon tournevis. :
« Ah, t’étais là, toi ! »

J’ai pris le tournevis, gossé sur ma dernière planche de bois franc qui ne rentrait pas et… voilà le travail. Les puristes diront que j’ai butché la job, mais je m’en fout. J’ai une date ce soir.

Viens-t’en Luce, ce soir, les soirs de scotch m’enchantent, itou!


À suivre…

mercredi 17 février 2010

Épisode 4 - Débarque génétique

C’est là que mon pied est parti. 6,4 centièmes de seconde. New World Record. J’ai juste eu le temps de me dire :
« criss que ça va faire mal ».

C’est là que mon bras, fier de s’opposer à l’effet de gravité, décide de se prendre maladroitement à la rampe.

C’est là que j’en ai voulu à mon père de m’avoir légué son sens du rythme… (et aussi de la danse, mais ça, c’est une autre histoire).

C’est là que mon manque de timing a poussé ma main à se coincer entre deux barreaux.

C’est là que j’ai atterri. Onze marches plus bas. BANG.

Vous savez, le genre de débarque qui vous donne automatiquement le droit de sacrer autant que vous le voulez, même devant des enfants ? Le libre-arbitre d’utiliser l’armement nucléaire nord-coréen et d’anéantir ce qui vous fait chier, c'est-à-dire, à peu près tout ?

Ben, c’était pas ça pantoute.

Clavicule en moins, et coccyx bleuté me parlent. Je les écoute attentivement en tortillant dans le brin de scie. J’imagine les juges rendre leurs verdicts : 9.5, 9, 9.5, 10… Bref, je suis aussi viril qu’une patineuse artistique qui rit et qui pleure en même temps, le mascara dégoulinant et les collants en moins.

Mais puisque je suis nouvellement un gars de la construction et qu’il n’y a tout simplement rien à mon épreuve, je vais quand même aller travailler ce matin. Ça fait quasiment, un peu, presque, même pas mal.

Mes collègues, toutes des femmes, trouvent étrange que mon épaule droite soit plus basse que celle de gauche. Tous y vont de leurs petits conseils : mets du froid, va voir un physio, mets du chaud, y’a un acupuncteur au coin de la rue, mon ostéopathe est ben bonne, veux-tu son numéro, je vais aller te reconduire à l’urgence…

C’est le chant de la basse-cour. Rien pour ébranler le coq et sa crête éméchée.

Honnêtement, mesdemoiselles, au cas où vous ne l’auriez pas déjà constaté, faut que la gente masculine vous avoue un secret. S’acheter de la crème hydratante, c’est considéré comme une dépense de trop. Pensez-vous alors qu’on va allonger 400 $ pour 3 heures de traitement chez un acuponcteur ? No way. Les Tylenols, ça fait la job, ça ne coûte pas cher, pis encore moins si tu prends le Choix du Président. C’est comme ça qu’on arrive à économiser pour des choses indispensables, comme regarder les prouesses de Cammalleri sur notre nouvelle télé HD.

Bon, le statement est fait.

Je me suis claqué 4 Tylenols extra-fortes et j’ai rouvert le chantier de construction. Un bras en moins. Pas de perte de temps, ni d’argent, je la veux, moi, ma TV.

Mais poser une feuille de contre-plaqué à un bras, c’est aussi embêtant que de tenir la sacoche à ta blonde dans un centre d’achats. C’est faire face à l’inévitable. The ultimate truth. On est pas faits pour ça.

J’ai l’air du Cirque du Soleil sur deux pattes. Tout est en équilibre. Le contre-plaqué sur ma tête. Les vis dans la bouche. Le ballant de l’escabeau retenu de la main gauche. Jusqu’à temps que je réalise que je n’ai pas la simonac de perceuse pour visser mon morceau.

Vient alors le numéro du contorsionniste. C’est d’une élégance magistrale. Viva Las Vegas. C’est à rendre ému Alain Goldberg, tellement la technique est sans reproche. C’est de voir l’extension du pied droit, emmitouflé dans sa pantoufle bleu et blanche de phentex, qui tente désespérément de rejoindre la perceuse. Les veines de front qui font leur apparition sans que ça n’influence mon sourire radieux… les vis empêchant d’ouvrir ma bouche pour livrer un puissant : ENWEYE!

L’escabeau se met à « shaker », le contre-plaqué plus certain de faire confiance à son partenaire d’en bas, les vis qui tombent… C’est là que ma pantoufle est partie. 6,4 centièmes de seconde.

C’est là que j’ai remercié, encore, papa, et son criss de lègue génétique.

BANG!

À suivre...
Prochain épisode, jeudi prochain.

mardi 26 janvier 2010

Épisode 3 - « Hit me with your best shot »

Je suis un artiste. Je fais dans l'expressionnisme abstrait-figuratif-post-minimaliste, moderne. J’entends déjà le critique d’art « jouir » linguistiquement devant cette démonstration d’art ludique.

Je suis à l’aube d’un nouveau courant artistique, et j’ai nommé : le Rénova-flop contemporain. J’attends mon entrée sur Wikipédia.

Je suis comme Steeve, le Québécois moyen, devant l’éditorial politique du Devoir.
Je suis devant l’incompréhension.

J’ai une cage d’escalier qui ne ressemble plus à une cage d’escalier. C’est n’importe quoi. J’ai le souvenir d’une cabane de G.I. Joe qui faisait plus de sens que ça…

Je suis un danger public. S'il vous plaît, tenez-vous loin de moi. Une drill est un enrichisseur d’uranium, une pince long-nose, un missile de croisière soviétique.

J’ai affiché un carton à ma porte indiquant : « De grâce, portez votre jack-strap en tout temps ».

Ils vont épingler ma tronche à Dorval. Ma ligne est sûrement sur écoute. Je suis le Ben Laden de Mirabel.

Quand la seule référence de construction est la machine à boules de gomme de ton cours de Techno de secondaire 3 (qui, d’ailleurs, ne fonctionnait même pas), faut savoir être honnête envers soi-même et clamer haut et fort que vous êtes une menace pour la société et, encore plus, pour vous-même.

Je dois avouer candidement être surpris de sentir encore battre mon pouls. Surpris aussi de m’entendre réciter « Je vous salue Marie, mère de Dieu… » en coupant mes 6 X 2 à la scie ronde.

J’ai mal au pouce. Mon marteau va mal. Le premier coup m’a rapproché de l’état que j’ai eu lorsque la fille que j’aimais a cessé de retourner mes appels… Le 2e coup a fait aussi mal que lorsque j’ai su qu’elle s’éclatait avec un de mes amis dans un chic hôtel de la Riviera Maya.

Moi qui croyais m’évader de ces pensées en me lançant dans la rénovation… Tout comme la dernière coupe de mon 2 X 4, c’est raté!

Mon quotidien de fin de semaine va comme suit :

Étape numéro 1 : je prends ma mesure.

Étape numéro 2 : je reprends ma mesure.

Étape numéro 3 : j’exécute ma prière au même moment que ma coupe de bois.

Étape numéro 4 : je vérifie s’il y a trace de sang.

Étape numéro 5 : je pose mon morceau... pour me rendre compte que l’étape numéro 6 n’est qu’un leurre, car, une fois de plus, la mesure n’est pas la bonne. Retour à l’étape numéro 1. Astie.

Je suis écœuré.

Faire de la rénovation, c’est un peu comme faire l’amour à une fille laide. Au début, tu ne sais pas trop par où commencer, puis une fois que t’es dedans, t’as juste hâte que ça finisse.

J’en ai plein mon cul. Fin de l’épisode !


Prochaine « Chronique du rénovateur malhabile », jeudi prochain.

jeudi 21 janvier 2010

Épisode 2 - Prophétie : quincaillerie

Je désigne le 21e siècle comme étant l’Ère de l’assimilation ovulaire. J’ai un ennui soudain de la phallocratie. Maudite évolution.

On ne compte plus les centres de beauté unisexe, les séances de yoga pour hommes, y’a même des pubs de yogourt probiotique qui font danser le baladi aux gars. Woo. Calmez-vous le Fémina.

On pourrait croire qu’à part l’hétérosexualité, il ne nous reste qu’un repère. Un bunker. Une place ou le géniteur masculin possède encore une prépondérance ailleurs que dans une clinique de fertilité. Et j’ai nommé… non, pas le Vatican : le Rona.

J’ai quand même eu ma part de protubérance à mon arrivée. Cette impression d’être Moïse devant la mer Rouge; j’ai franchi les portes coulissantes. Bah, faut bien retrouver un sentiment de supériorité quelque part.

Fébrile, je prends mon carrosse jaune. J’ai le goût de construire un château. Je suis vite ramené sur terre.

Faire son magasinage de matériaux de construction, c’est un peu comme aller aux danseuses. En peu de temps, tu peux te monter un méchant bill. À ma sortie de la rangée des clous et des vis, j’en avais déjà pour plus de 100 piasses. Yish. Fuck le château.

Jusqu’à présent tout va bien. Je fais un homme de moi. Je choisis mon gréement électrique avec autant d’aisance qu’un Chuck Norris au sommet de son art, face à un groupe d’assaillants sud-corréens du désert de l’Arizona (tout comme ses films, cette phrase ne fait aucun sens).

Direction : cour à bois. La fièvre est forte, quasi vertigineuse. Je fais le tour. Une fois. Deux fois. Quinze fois. Fuck. Je suis peut-être plus carencé en aptitudes que je ne le croyais.

Comment ça un 2 par 4, ça ne fait pas vraiment 2 par 4. Pourquoi un 6 par 2, c’est en fait un 6 par 1 ½ ?! Je comprends que l’industrie forestière a le postérieur dans les bas fonds du Dow Jones, mais come on, ayez au moins la décence d’indiquer en haut de votre logo : Oui, on est cheap.

Mon orgueil de mâle va devoir manger un uppercut en pleine gueule. Je dois demander de l’aide. Paf! No pain, no gain.

C’est là que je l’ai aperçu. Elle était magnifique. À couper le souffle. Élancée tel un mannequin de Victoria Secret. Fière comme une collégienne sur le chemin de l’école.

Sa moustache.

Je suis immédiatement rassuré.

Un porteur de moustache, c’est porteur d’un message. C’est le symbole international du moé, j’connais ça. Son macaron À votre service clignote comme un feu de circulation. Je distingue son nom. Serge. Doublement rassuré. Saaarge, ça sonne bien.

On a parlé de praillage, de souffler un mur, de forencer la base… j’ai rien compris. Mais j’ai tout acheté ce qu’il m’a conseillé.

Ça sent la complication. Dans quoi je suis en train de m’embarquer ? Est-ce que ça se réanime un homme rose à l’agonie avec deux carrosses remplis de bois ? J’ai le doute qui trottine… jusqu’à ce que j’y songe un peu en regardant la jeune caissière…

Savoir rénover c’est comme savoir faire un cunnilingus. Faut que t’en fasse une couple, avant d’être bon.

À suivre…
Prochain épisode jeudi prochain.

jeudi 14 janvier 2010

Épisode 1 - Les symptômes du XY

Y’a de ces moments, comme ça, dans la vie, où force est de constater que l’on revient à la formule chromosomique de base. J’ai le XY dans le tapis. Mes couilles me parlent.

L’homme rose en moi est à l’agonie. Je suis en train de l’achever à coups de « wrench ».

J’ai préparé mon coffre à outils, rechargé ma « drill », j’ai presque aiguisé mes tournevis. J’ai mis mon « tape » à mesurer à ma ceinture. Je suis allé me regarder dans le miroir de ma salle de bain ; ouais, je fais virile.
Je n’ai pas encore fait ma barbe. Je trouve que ça « fit » avec ma mâlitude du moment.

Je me découvre de nouvelles attirances. Décolletés plongeants, tatous dans le bas du dos et mèches blondes… Bah, c’est bien beau, mais des racks de métal jaunes et turquoises, ça soudainement beaucoup de charme.

Sexe opposé, soyez donc prévenues. Vous aurez beau mettre vos dessous les plus fins, vos crèmes les plus douces, votre jupe la plus courte, pour les semaines à venir, l’odeur de bois possède de bien puissantes phéromones. Qui aurait dit que l’expression « flat comme une planche de plywood » aurait soudainement une attirance irrésistible ?

Chères célibataires, pour le mois à venir, je troque vos yeux pour un niveau, vos jambes pour une couple de 2 par 4, vos cris pour ceux d’une scie sauteuse. Je rénove.

Et ce, en dépit du fait que je n’y connais strictement rien. Niet. Nada.

Rénover pour la première fois, c’est un peu comme sa première baise. Excitant, et crissement angoissant.

Mario, Jacques, Pierre ou Roger. Toi qui portes un tablier dans la cour à bois d’une grande bannière de rénovation, sache une chose, je vais te mentir. Tout comme à cette fille, à qui j’ai tu ma virginité. (Anyway, ça même pas paru, j’pense…) Ma fierté de mâle est bien trop orgueilleuse pour qu’un spécialiste du 4 par 8 de la rangée douze me dise quoi faire ! On est mâle ou on ne l’est pas.

J’ai pris mes mesures (j’ai une montée de testostérone, juste à replacer dignement mon tape à mesurer à ma ceinture), j’ai fait mon plan. Délicate opération.

Faire un plan, c’est un peu comme plier du linge de fille, t’es jamais sûr si tu l’as fait correct.
Pis si j’ai autant de talent à faire un plan qu’à plier le linge de mon EX, soyons honnête, ça sent le coït interrompu.

Une rénovation faite toute croche, ce n’est pas comme un couple qui va mal et qui, dans le pire des cas, se sépare. Non. Si tu « moffes » ta rénovation, t’es pris avec. C’est pire.

OK. Je suis carencé en aptitudes. Mais j’ai encore plus de volonté qu’un jeune puceau de 16 ans, qui fait face, pour la première fois, au complexe appareil reproducteur féminin. J’ai en moi l’instinct du chasseur homosapiens et les réflexes du mâle alpha, aussi tranchants qu’une lame d’exacto flambant neuve et aussi percutants que le son d’un gun à clous sur un toit de bardeaux.

J’ai le XY dans le tapis. Mes couilles me parlent. La cour à bois m’attend.
À suivre…