Qu'est-ce qu'un rénovateur malhabile ?

Les chroniques du rénovateur malhabile posent un regard à la fois humoristique et réaliste d'un des derniers repères de l'homme contemporain moyen: la rénovation. Mais cet homme moyen, quelque peu rosé, par une société à forte teneur en œstrogènes a-t-il véritablement les aptitudes requises pour devenir l'archétype du mâle à tout faire ? Que devient cet Homo sapiens sapiens à la cravate rose lorsqu'il est interpellé par ses instincts d'homme-bâtisseur ? Parallèles entre comment savoir clouer un 2 par 4 et comment devenir un vrai gars de la fin vingtaine en 2010.


mercredi 7 avril 2010

Épisode 5 - « Les soirs de scotch, m’enchaaanteeeent »

Astie, Luce Dufault, sors de ma tête au plus sacrant !

J’ai l’inconscient qui roule en V6 et qui fantasme à l’idée de carburer aux scotchs sur glace.

Faut vraiment que je me concentre, il faut que j’avance… Quand j’y pense, le projet du CHUM est sûrement leader par un gars comme moi. Je ne veux pas le défendre, mais lui aussi est sûrement victime du complot des tournevis… Ils se poussent toujours quand t’en a besoin. Bref, un peu comme mes chums quand vient le temps de faire la vaisselle.

J’ai une folle envie de faire n’importe quoi d’autre que de poser du plancher de bois franc… On m’amènerait au Salon de la mariée à la place, et je sautillerais comme un p’tit gars qui vient de recevoir son premier G.I. Joe.

Mon premier G.I. Joe. Wow, lui y’était mâle. Y’avait pas besoin de poser du plancher de bois franc, lui. Oh no ! Lui, y’était au service de sa testostérone, lui ses couilles servent à quelque chose; à faire la guerre ! Bon, certains diront que les G.I. Joe n’ont pas de couilles, mais le mien, y’en avait.
Donne-lui un carré de sable, une chaise de patio en plastique ou une corde à linge et ça devient une machine à tuer… Y passait pas ses fins de semaine à se faire chier avec l’agencement des tons de bois de son plancher, lui.
My god que j’aimerais faire 4 centimètres et être en plastique, là, maintenant.

C’est là que y’a une p’tite voix dans ma tête qui m’a dit :
« HEILLE DUDE, WAKE UP !!! »

Vous savez, la petite voix emmerdante du droit chemin, de la bonne volonté, de la rectitude ? La mienne a la voix de ma mère… bon, elle ne parle pas exactement comme ma mère. La plupart du temps elle m’envoie vigoureusement promener, n’omettant jamais d’ajouter un petit sacre à la fin de sa phrase. Mais, vous comprenez le principe. Écoute ta mère, bonhomme, écoute ta mère.

Je me remets au boulot. Avec l’aide de ma barbe pas faite et ma face de gars qui ne sait pas trop où il s’en va. Poser du plancher de bois franc, dans les faits, c’est relativement simple. Dans mon cas, c’est un combat entre David et Goliath. Le problème, c’est que David, c’est le plancher. À chaque fois que je me trompe, c’est comme si je recevais une maudite petite roche qui pince, provenant de son lance-pierre. Et ça, ça met son homme en tabarnac…

J’y suis d’ailleurs allé d’un cri primal quand ma dernière planche n’arrivait pas. Un genre de croisé entre l’abominable homme des neiges et la Stroumphette. En gros, je suis à ¼ de pouce d’être totalement crédible.

C’est dans des moments comme ça que mon inconscient me relance une fois de plus :
« Ô, idylle bouteille, réconfortante ivresse, à quand notre prochain rapprochement ? Me semble qu’on est dû pour un bouche à bouche ? »

Un inconscient qui te lance un message comme ça, c’est aussi difficile à renier qu’une érection.
T’as le goût de coucher avec la fille… jusqu'à tant que t’entendes la voix de ta mère te dire :
« Je t’ai pas élevé de même… p’tit criss ! »

Seul dans mon salon, je tourne en rond en criant à ma petite voix :
« FERME TA YEULE, FERME TA YEEEEEULE !!! »

C’est à ce moment que j’ai retrouvé mon tournevis. :
« Ah, t’étais là, toi ! »

J’ai pris le tournevis, gossé sur ma dernière planche de bois franc qui ne rentrait pas et… voilà le travail. Les puristes diront que j’ai butché la job, mais je m’en fout. J’ai une date ce soir.

Viens-t’en Luce, ce soir, les soirs de scotch m’enchantent, itou!


À suivre…